
Qu'est-ce qui rend le Kung Fu Shaolin unique ? Quel est le véritable but de cet art martial ? Est-il jamais trop tard pour commencer le Kung Fu ? Nous avons rencontré Maître Bao , un pratiquant chevronné d'arts martiaux chinois, pour en savoir plus sur son parcours dans le Kung Fu, sa philosophie et bien plus encore.
À propos du Kung-Fu
Qu’est-ce que le Kung Fu ? Qu'est-ce qui rend le Kung Fu Shaolin unique ?
Résumé : La réponse de Maître Bao m'a rappelé notre discussion sur ce sujet en cours de théorie du wushu. Il a introduit le mot Kung Fu et expliqué comment on peut y trouver une signification plus profonde que celle d'un simple art martial ou sport, mais aussi une forme de contemplation personnelle, voire plus. Le Kung Fu peut s'intégrer à notre vie et devenir une part de notre âme. C'est un véritable travail sur soi.
Maître Bao : Autrefois, la popularité du Shaolin a explosé grâce à sa présence au cinéma, notamment dans le film « Le Temple Shaolin ». Cependant, ce système d'arts martiaux existait bien avant la sortie du film, mais celui-ci a néanmoins contribué à faire connaître le Shaolin à un large public. Au-delà de son aspect divertissant, le kung-fu Shaolin est un art martial précieux que chacun mérite d'apprendre et de découvrir, et c'est ce que l'on réalise en le pratiquant. Il permet de s'épanouir, il peut transformer une vie. Il comporte ses hauts et ses bas, car le Shaolin est un art complexe, riche d'une dimension historique et traditionnelle, mais il est bien plus qu'une simple école d'arts martiaux ou l'apprentissage de techniques de combat.
Le Kung Fu Shaolin comporte trois aspects principaux : le Kung Fu (l’art martial), le Zen « Chan » (la capacité à comprendre l’univers ; également la culture de soi, la méditation. C’est en méditant que nous sommes au plus près du Zen), et le bouddhisme.
Quelle est la partie la plus importante de l’entraînement au Kung Fu ?
Maître Bao : Volonté et persévérance. Lorsqu'on décide de s'entraîner au Kung Fu, il faut surmonter toutes les difficultés, quelles que soient la fatigue, la douleur ou le danger. Il faut continuer. « Si vous êtes capable de courir 100 mètres, courez-en 101. Ce mètre supplémentaire, c'est votre Kung Fu. »

Comment une personne moyenne peut-elle bénéficier d’une formation en Kung Fu ou en arts martiaux ?
Maître Bao : Le bénéfice le plus direct est un gain de force et une amélioration de la santé physique. Si vous souhaitez des bénéfices plus importants, cela dépendra du temps et des efforts que vous y consacrerez. Pour une personne lambda, la première étape de l'apprentissage du Kung Fu est d'être en bonne santé et en forme, la seconde est de se forger un corps plus robuste, notamment au niveau des tendons, des muscles et de la peau. Plus la pratique se prolonge, plus les organes internes et les méridiens se renforcent et s'améliorent. Vous pourrez alors maîtriser votre corps à votre guise. Ensuite, tout repose sur le mental.
Étudiant : Et si quelqu'un se blesse ?
Maître Bao : La réponse est simple : apprendre, se blesser, guérir, apprendre, se blesser, guérir. C'est inévitable.
Résumé : Maître Bao a ensuite raconté une histoire sur la fois où il s'est gravement blessé à l'entraînement :
Le médecin a dit à Maître Bao qu'il n'avait pas pu s'entraîner pendant 100 jours lorsqu'il s'était blessé à un « gros tendon de la jambe » (en montrant l'arrière de sa jambe). Chaque pas lui faisait très mal, mais en faisant continuellement un pas de plus, il contrôlait davantage la douleur ; son esprit devenait plus fort à chaque pas. Se remettre d’une blessure est donc aussi une façon de s’entraîner. Il s'est blessé en s'étirant. Cela faisait un an après le début de sa formation. Son maître se tenait là avec un bâton et si quelqu'un ne parvenait pas à se frayer un chemin, il était sévèrement battu. Maître Bao n'était pas encore aussi flexible, mais à cause de la peur, il s'est forcé à se baisser. Il a commencé à s'entraîner 3 jours après sa blessure et s'est complètement rétabli 20 jours plus tard.
Shaolin semble être un système de Kung Fu particulièrement athlétique. Y a-t-il un âge où il est « trop tard » pour commencer ?
Maître Bao : Il n'y a pas d'âge limite pour commencer. Les étapes mentionnées ci-dessus ne sont pas obligées d'être suivies dans cet ordre ; on peut commencer directement à la deuxième étape si l'on est en bonne santé. Un homme de 60 ans peut encore apprendre des choses comme le Qi Gong de bien-être. Les jeunes pratiquants d'arts martiaux privilégient l'entraînement physique externe, tandis que les plus âgés se concentrent davantage sur l'intérieur, sur les arts internes. Il n'est jamais trop tard : on n'est pas obligé de faire des sauts et des roulades à 70 ans, mais plus on commence tard, moins on en retire de bénéfices.
Qu’est-ce qui peut ou devrait être agréable dans l’apprentissage du Kung Fu ?
Maître Bao : Le plus gratifiant, c'est que les élèves prennent conscience des transformations de leur corps. On a vraiment l'impression de repousser ses limites. C'est un peu comme la sensation qu'on éprouve en découvrant une fleur ou un animal pour la première fois. Cela procure aussi de la fierté, un sentiment de supériorité, une confiance en soi accrue. Bien que le Kung Fu soit avant tout un art martial, son apprentissage et sa pratique peuvent également développer la douceur. Ainsi, après avoir appris le Kung Fu, on maîtrise non seulement son corps, mais aussi ses émotions. On a la force de tout détruire, mais on choisit la douceur.

Enseigner le Kung Fu
Pourquoi veux-tu enseigner le Kung Fu ?
Résumé : « Je vais être honnête avec vous. » Enfant, Maître Bao était fasciné par le film « Le Temple Shaolin » et entouré d'amis pratiquant les arts martiaux. Le kung-fu lui paraissait fascinant et mystérieux. Lorsqu'il a commencé à s'entraîner sérieusement, sa passion n'a fait que grandir. Beaucoup ont été déçus en débutant, car la réalité était bien différente de celle du film. Il affirmait qu'on ne peut pas vraiment dire si on aime ou non le kung-fu avant de s'être entraîné un certain temps et d'en avoir acquis une certaine connaissance. On apprécie davantage le kung-fu lorsqu'on en retire des bénéfices. Les efforts fournis sont toujours récompensés.
Il a décidé d'enseigner le Kung Fu comme une sorte de mission qu'il avait reçue de son maître, une tradition pour perpétuer l'enseignement. Son maître attendait de lui qu'il perpétue son savoir. Bien qu'il aime jouer sur scène, par rapport à enseigner aux autres, il est moins probable qu'il devienne une star du Kung Fu.
Ce qui rend le Kung Fu formidable, c'est qu'il doit y avoir des gens prêts à enseigner, à consacrer du temps et de l'énergie et à montrer la beauté du Kung Fu pour qu'il survive. Et depuis des milliers d’années, c’est le cas ! Lorsqu’il a décidé d’enseigner, il a réfléchi à sa propre personnalité et s’il était apte à devenir enseignant. Lorsqu’il enseigne, il se sent satisfait. Lorsque ses élèves réussissent quelque chose, c'est presque comme s'il ressentait le même sentiment d'accomplissement qu'eux.
Quel est votre plus grand défi en tant qu’enseignant dans une école internationale comme celle-ci ?
Maître Bao : Si un élève, avant même de connaître le Kung Fu, décide déjà qu'il ne l'aime pas et abandonne avant même d'avoir essayé, s'il ne donne pas aux maîtres l'occasion de lui montrer ce qu'est le Kung Fu, alors il est temps de se méfier. Ce n'est pas quelque chose qui s'apprend en une semaine.
Pourquoi enseigner aux étrangers ?
Résumé : Tout d'abord, il existe de nombreux professeurs qui enseignent aux locaux, aux Chinois. Il y en a suffisamment. Maître Bao avait envisagé d'enseigner à l'étranger, mais cela s'avère financièrement difficile. Il considère qu'enseigner à des étrangers désireux d'apprendre le kung-fu en Chine est une expérience unique. Ayant tous voyagé loin de chez eux, ils sont à l'abri des distractions et peuvent ainsi se concentrer pleinement sur leur apprentissage. Les étudiants étrangers peuvent également s'immerger dans la culture et le mode de vie chinois, en vivant sur place. Cette expérience leur sera précieuse pour leur entraînement au kung-fu.
Le praticien complet
Pourquoi pratiquer la méditation ainsi que les arts martiaux ?
Maître Bao : De nos jours, chaque jour est un tourbillon d'activités, de stress et de précipitations. Le temps file à toute allure. Nous avons besoin de suspendre le temps un instant, de libérer notre esprit. C'est pourquoi nous pratiquons la méditation et le kung-fu : ces entraînements longs et intenses mettent nos muscles et nos tendons à rude épreuve. Il est essentiel de détendre le corps, mais pour cela, il faut d'abord apaiser l'esprit. La détente corporelle n'est pas l'objectif principal de la méditation ; ce qui la rend si importante, c'est le développement personnel. Il en existe deux types : la méditation consciente et la méditation inconsciemment. La méditation inconsciemment (ou sans pensée) permet de détendre le corps et l'esprit, en se détachant du monde extérieur. Cependant, dans la réalité, il est parfois difficile d'y voir clair. Il est donc nécessaire de créer les conditions propices à une pensée lucide. La méditation consciente peut nous mener à la signification ou à la solution la plus simple ou la plus profonde.
Quelle est la différence entre le combat et les arts martiaux ?
Maître Bao : Le pratiquant d'arts martiaux le plus superficiel, que l'on ne devrait même pas appeler « artiste martial », a pour but de se battre, de devenir plus fort, d'intimider les autres.
L’individu de niveau supérieur veut obtenir des réalisations grâce à la pratique. Leur but est de s’améliorer. Ils trouveront leur valeur dans la compétition, et s'amélioreront en combattant dans des compétitions (ils sont de niveau intermédiaire).
Pour l’individu du plus haut niveau, les arts martiaux ne sont pas seulement un moyen d’acquérir des compétences de combat, mais une quête personnelle du Kung Fu en tant que croyance ou foi.
Étudiant : Est-ce qu'ils font ça pour rechercher un sens plus profond de l'univers, de la vie ?
Maître Bao : Dui- correct.

Entraînement de Kung Fu
Quel est l’avantage d’apprendre les formulaires pour célibataires ?
Maître Bao : Apprendre une forme sollicite l'ensemble du corps. Votre coordination s'améliorera considérablement. Apprendre une forme est le meilleur moyen d'entraîner son corps dans son intégralité. Une forme est composée de nombreux mouvements simples, chacun ayant sa propre application. Ainsi, en pratiquant une forme pendant une période prolongée, vous découvrirez et apprendrez de nombreuses techniques d'autodéfense et de mouvements.
Quel est l’avantage de s’entraîner à des armes peu utilisées aujourd’hui pour l’autodéfense, comme le fouet ou l’épée ?
Maître Bao : Dans la vie courante, nous utilisons des outils. Il arrive que l'on utilise un outil sans pour autant le maîtriser parfaitement. Par exemple, si quelqu'un essaie d'enfoncer un clou avec un marteau, il aura tendance à toujours manquer sa cible. Cela s'explique par une mauvaise coordination entre le corps et l'outil. La force du marteau n'est pas en harmonie avec la personne, son corps. S'entraîner au maniement d'une arme permet de fusionner son corps avec un objet, qu'il s'agisse d'une arme ou d'un outil, d'harmoniser cet objet avec son propre corps et sa propre coordination. Sans parler des bienfaits d'une meilleure coordination générale.
Dans la vraie vie, en cas de danger, il suffit de saisir un objet. On peut ne pas avoir d'épée, mais il peut y avoir un bâton ou autre chose qui peut être utilisé de la même manière. L’entraînement des armes y contribue.
Avec une variété d'étudiants de différents niveaux de compétence, comment décidez-vous quelle forme enseigner à un étudiant pour progresser dans sa formation ?
Maître Bao : Les maîtres enseignent différentes formes à différents élèves, selon leur niveau. Cela n'est possible que si le maître connaît bien les capacités de ses élèves. L'objectif est parfois de les aider à améliorer leur condition physique, notamment leur souplesse et leur coordination. Il peut aussi s'agir d'explorer davantage leur potentiel à un niveau plus avancé si leur souplesse et leur coordination se sont améliorées ou sont déjà bonnes.
Lors de l’entraînement au Kung Fu, quel est l’état d’esprit approprié ou l’état mental dans lequel on devrait se trouver ?
Résumé : L'état mental de Maître Bao pendant son entraînement :
Son objectif était de dépasser ses limites. Il voulait pouvoir accomplir plus, être le meilleur. Par exemple pour réaliser un mouvement de saut très difficile. Il éprouvait également un sentiment de stress et d'exigence de la part de son maître, qui le poussait toujours.
Il a déclaré qu’il fallait être « concentré ». Pas distrait et prêt à se consacrer à la formation. Ne pas penser « et si je me blesse ou me blesser », ni penser « que puis-je faire après avoir appris cela, que puis-je apprendre ? Être simplement présent dans l'instant présent, engagé.
Le Kung Fu comme art
Dans quelle mesure les mouvements de Kung Fu concernent-ils la beauté esthétique ? Dans quelle mesure la beauté de ces mouvements est-elle simplement le résultat d’une technique d’auto-défense appropriée, d’un mouvement efficace, d’une discipline et d’une centralisation spirituelle ?
Étudiant : Que signifie la « beauté » pour le kung-fu ?
Maître Bao : Quelle est votre définition de la beauté ? L'unicité est beauté, la rareté est beauté, le surnaturel est beauté, et ce qui est commun et apprécié du peuple est également beauté. En kung-fu, il faut insuffler un bel esprit. Ce qui rend le kung-fu attrayant, ce ne sont pas les acrobaties, les sauts et les chutes, c'est ce qu'il exprime, c'est son esprit. Lorsqu'on assiste à une démonstration, que ce soit au temple ou sur scène, on perçoit l'effort fourni et l'importance que cela revêt. Pour revenir à la définition du kung-fu, ce que vous pouvez faire et que les autres ne peuvent pas, c'est votre kung-fu, c'est votre beauté.
Étudiant : Diriez-vous que c'est aussi le développement personnel dont nous avons parlé ?
Maître Bao : Bien sûr.
Comment un artiste tel qu’un acteur ou un danseur pourrait-il bénéficier de la pratique du Kung Fu ?
En résumé : Pour un danseur ou une danseuse, la pratique du kung-fu est un atout précieux pour la danse. Maître Bao, qui a déjà observé des danseurs et sait reconnaître les mouvements inspirés du kung-fu, perçoit leur formation en arts martiaux et constate leur capacité à exécuter une plus grande variété de mouvements. Ils possèdent déjà souplesse et coordination, mais l'apprentissage du kung-fu leur permettra d'enrichir leur palette motrice, d'approfondir leur connaissance du mouvement et d'explorer la dimension spirituelle de cet art martial. Il est convaincu qu'un danseur ou une danseuse qui pratique également les arts martiaux sera plus captivant(e) car il ou elle dégagera davantage d'énergie et de profondeur.
Étudiant : Pensez-vous qu'un acteur pourrait en tirer profit ?
Maître Bao : Qu'est-ce qui fait d'un acteur un grand acteur ? L'expérience. Lorsqu'il interprète un rôle, il puise dans sa vie et son vécu. L'acteur a peut-être acquis sa technique dans une école de théâtre, mais son jeu découle de sa vie et de ses expériences personnelles. Les arts martiaux sont un mode de vie, une quête pour repousser ses limites. Le kung-fu forge aussi la confiance en soi ; ainsi, lorsqu'un acteur possède ce sentiment et cette expérience, il devient plus professionnel et atteint un plus haut degré de perfection.
En jouant une scène de combat, les acteurs doivent apprendre à donner l'impression qu'ils s'attaquent les uns les autres, mais plutôt créer une illusion. Si des frappes atterrissent, elles sont censées se faire avec peu ou pas de force. Pour les acteurs qui s’intéressent également aux arts martiaux, comment peut-on séparer ces deux mondes tout en améliorant la puissance de leurs compétences martiales, tout en conservant leur capacité de contrôle et en assurant la sécurité des autres sur scène ?
Maître Bao : Un véritable artiste martial doit être capable de contrôler EXACTEMENT la puissance qu'il libère. Par exemple, s'il donne un coup de poing, il doit pouvoir l'arrêter à tout moment. Avant même que le coup ne soit porté, tout le processus est réel. Il s'agit de maîtriser son propre corps. Pour un pratiquant de Kung Fu, c'est essentiel. Il existe différents niveaux de puissance, de force. Différents types de frappes peuvent produire différents types d'effets (blesures). En d'autres termes, il faut entraîner sa maîtrise de soi, connaître et contrôler parfaitement sa puissance.


